Selon l’ambassadeure de France, la recrudescence du kidnapping atteint un niveau inacceptable. Une situation qui risque de plomber l’image de Madagascar, après des investisseurs surtout.

Inacceptable. Ce mot a été utilisé par Véronique Vouland-Aneini, ambassadeure de France, en réaction à la recrudescence des rapts des membres de famille d’opérateurs économiques de nationalité française, ces derniers temps.
« C’est inacceptable. La recrudescence du kidnapping est très mauvais pour l’image de Madagascar vis-à-vis des investisseurs », a déclaré la diplomate hier, en marge d’une réception à l’occasion de la fête nationale de Norvège à Ivandry. La diplomate a fait part de son inquiétude et a regretté la nouvelle frénésie que semble connaître le phénomène de rapt de français d’origine indienne, alors qu’« il y a deux mois de cela, j’ai rencontré le président de la République pour parler du cas de cette communauté ».
Les opérateurs d’origine indienne et pakistanaise, de nationalité française pour la plupart, et les membres de leur famille sont fréquemment la cible des kidnappeurs. Des actes criminels, où les ravisseurs monnaient à prix fort la libération des captifs. Les autorités semblent avoir du mal à mettre fin au phénomène, bien que des arrestations aient déjà été faites. Deux évènements récents ont, semble-t-il, entrainé la consternation générale auprès des ressortissants français de Madagascar.
Le premier s’est déroulé à Ambohibao. Un élève du lycée Français a été kidnappé par un gang armé, au nez et à la barbe de policiers, alors qu’il attendait le bus scolaire à Ambohibao le 11 avril. Le second s’est déroulé à Ilafy dimanche. Alors que la famille se recueillait sur la tombe d’un proche, une douzaine d’hommes armés de gros calibres ont emmenés de force Yanish Ismaël, fils de Danil Ismaël, président du groupe SMTP.

Urgent
« Je considère qu’un enfant français enlevé sur le chemin de l’école est un mauvais signal envoyé à l’ensemble de communauté scolaire et éducative. Pour nous, il n’y a pas de distinction, quelle que soit l’origine, le lieu de naissance, la couleur de peau, la confession de l’enfant, c’est un élève et sa sécurité nous préoccupe », a déclare Jean-Hervé Fraslin, conseiller consulaire des français de Madagascar, dans une interview qui paraitra dans l’Hebdo de Madagascar demain.
Jean-Hervé Fraslin avoue la perception d’une certaine impunité, concernant les cas d’enlèvement. Avant son départ, François Goldblat, ancien ambassadeur de France, a remis une liste de probables commanditaires de ces rapts aux responsables étatiques. La suite qu’en ont donnée les tenants du pouvoir reste, jusqu’ici, une question sans réponse.
Soutenant que dans bon nombre d’affaires, les enquêtes menées par les autorités malgaches aboutissent à des résultats, le conseiller consulaire déplore, toutefois, « sur ces séries de kidnapping, force est de constater que le processus n’est pas interrompu. Au contraire, nous avons le sentiment qu’il s’accélère ». L’élu ajoute qu’« il est urgent » que les autorités agissent pour rassurer les gens, notamment les investisseurs nationaux et étrangers.
Lors d’une réunion de l’Organe mixte de conception national (OMC-NAT), entité en charge de l’élaboration des stratégies de sécurité publique sur le territoire national, à Mahazoarivo mardi, la recrudescence du kidnapping a été survolée. Certaines indiscrétions indiquent, néanmoins, qu’une autre réunion des hauts responsables de la sécurité, qui s’est tenue au palais d’État de Mahazoarivo toujours mercredi, a longuement traité de la question.
Peu d’informations sont sorties de cette réunion, sauf qu’un secteur de travail où les acteurs pourraient avoir accès à des armes lourdes, sera particulièrement surveillé. Un renforcement dans le domaine du renseignement ferait aussi partie des mesures décidées. En marge de la réception d’hier à Ivandry, Veroniqe Vouland-Aneini a juste soutenu qu’« au niveau de l’ambassade, nous essayons de faciliter le dialogue entre les victimes et l’État ».

Andry Rialinstalama et Garry Fabrice Ranaivoson