Les ambassadeurs devant servir de relais pour capitaliser les acquis diplo­matiques ne sont toujours pas nommés.

Interminable. L’attente de la nomi­nation des nouveaux ambassadeurs de Mada­gascar semblent l’être. Le quinquennat de l’administration Rajaonarimampianina fêtera pourtant sa troisième année de mandat le 25 janvier prochain.
« La nomination des ambas­sadeurs se fera incessamment », a déclaré Béatrice Atallah, ministre des Affaires étrangères, en réponse à une question de la presse sur le sujet, lors du point de presse conjoint avec son homologue chinois, samedi dernier au siège de la diplomatie malgache, à Anosy. En toute vraisemblance, ce membre du gouvernement a été incommodée par le sujet. Elle a, en effet, été questionnée à multiples reprises sur les raisons qui font qu’il n’y ait pas encore de nomination de nouvel ambassadeur.
« C’est une prérogative présidentielle », est la réponse systématique opposée par la chef de la diplomatie malgache à la presse. Effecti­vement, nommer les numéros uns des représentations diplomatiques à l’étranger est un droit exclusif du chef de l’État, à qui, d’après Béatrice Atallah lors d’une interview en juin 2015, une liste de personnalités candidates a déjà été remise. Durant une conférence de presse pour marquer sa première année de mandat à Iavoloha, le 25 janvier 2015, Hery Rajaonarimampianina, président de la République, avait mentionné se pencher sur le sujet.

Boîteuse
Dans ses réponses sur le sujet, lorsque la question des ambassadeurs lui a été relancé par les journalistes durant les mois qui ont suivi cette conférence de presse, le chef de l’État a, entre
au­tres, indiqué que ce n’était plus qu’une question de temps. Rien n’est fait jusqu’ici, alors que les rotations ou les remplacements du personnel technique et diplomatique des ambassades ont déjà débuté, depuis plusieurs mois.
Outre le fait que l’administration Rajaonarimam­pianina entame sa troisième année de mandat, les événements majeurs qui ont donné un coup de fouet aux relations internationales de Madagascar, l’année dernière, rend « urgent » l’envoi d’ambassadeurs. « Pour capitaliser les acquis », indique Hari­manana Raniriharinosy, enseignant-chercheur en relation internationale à la Faculté des lettres et sciences humaines. Il qualifie le désert dans les ambassades de « mauvaise gouvernance diplomatique ».
L’accueil par Madagascar des sommets internationaux, ou encore l’acquisition du Fonds élargi de crédit (FEC), et les promesses d’aides et d’investissements de la Conférence des bailleurs et des investisseurs (CBI) indiquent que les voyants internationaux sont au vert pour la Grande île. À cela s’ajoute la bousculade des sollicitations pour l’intensification des demandes pour des partenariats économiques et commerciaux. Bien que le Président et la ministre des Affaires étrangères donnent de leur personne dans les offensives diplomatiques, par leurs multiples déplacements extérieurs, « cela ne suffit pas », s’accordent à dire les experts en la matière.
Selon Harimanana Raniri­harinosy, « les ambassadeurs ont pour rôle d’analyser, de décortiquer la situation dans leur pays d’accueil de donner les informations nécessaires au gouvernement afin qu’il puisse apprécier au mieux les opportunités de coopération ». Pour l’enseignant chercheur, en l’absence d’ambassadeur, « la diplomatie malgache est boîteuse, car nous donnons une ouverture à nos partenaires de dicter les donnes de nos relations sans connaître les réalités chez-eux ».

Différentes explications

Seules les ambassades sises à New York, Canada et Chine ont leur ambassadeur. Et encore, certains d’entre eux sont en poste dans leur pays d’accueil depuis plusieurs années. Le Président Rajaonarimampiana n’a, jusqu’ici, pas donné d’explications sur les raisons qui l’empêchent de procéder à la nomination des ambassadeurs.
De différentes sources avisées, la difficulté dans le choix des personnes a été un temps avancé, surtout dans des représentations clés. « Le Président veut des personnes acquises à sa politique, mais aussi compétentes et expérimentées pour les ambassades clés comme celles de Bruxelles, Paris, Washington ou New York », avait été dit. Il a été ensuite donné comme explication que Madagascar a l’intention d’ouvrir de nouvelles ambassades, et que le temps pris par les procédures y afférentes expliquent aussi cette longue attente. Le chef de l’État souhaiterait nommer tous les nouveaux ambassadeurs en même temps.

Garry Fabrice Ranaivoson