Face à une situation de vie en constante régression, la plupart des Malgaches s’inquiè­tent. Les chercheurs, en premier, annoncent un avenir funeste pour le pays.

Cri d’alarme. La hausse du prix de carburant, survenu avant-hier, aura été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Le cercle de réflexion des économistes de Mada­gascar a manifesté, hier, à l’université d’Antananarivo, leur mécontentement face à la conjoncture actuelle. A travers cette manifestation, ils ont exposé la situation catastrophique dans laquelle le pays se trouve actuellement, rien qu’en le démontrant avec quelques chiffres. Pour comparaison, le premier indicateur de richesse, à l’instar du produit intérieur brut malgache, au début des années quatre-vingt-dix était estimé à quatre cent quarante dollars. À présent, ce même indicateur affiche un chiffre en régression, avec quatre cent quinze dollars par habitant, selon la Banque mondiale.
« Un chiffre qui devrait être en progression, selon une logique évidente, peine pourtant à décoller. Cette régression démontre incontestablement que le pays est en train de sombrer dans la pauvreté », indique le Professeur Mamy Ravelo­manana, Directeur du Centre d’études économiques de l’Université d’Antananarivo.

Recommandation
Le professeur avance que le taux de pauvreté est tout aussi flagrant, il avoisinait les 76%, dix ans auparavant. Ce taux ne cesse de croître jusqu’à présent, pour atteindre presque les 80 %, selon les chiffres de l’institut national de statistique (INSTAT).
Selon ces économistes, la situation est encore loin de s’améliorer. Avec les projections effectuées à partir des résultats du projet NOPOOR, une initiative de recherche impulsée par l’Union européenne afin d’éradiquer la pauvreté dans les pays en voie de développement, Madagascar se dirigera inévitablement vers une voie sans issue dans les années à venir. Pour illustration, ces chercheurs abordent le prix du baril de pétrole qui était à cinquante dollars en début d’année pour arriver à soixante-dix dollars en novembre. Une augmentation qui laisse présager un coût de la vie encore plus pénible à supporter pour les plus démunis.
Le projet NOPOOR, mis en œuvre sur cinq ans, s’est terminé en mars dernier, en proposant des recommandations sur la politique de gestion des ressources aux dirigeants du pays. « C’est un devoir citoyen que de tirer la sonnette d’alarme face à une situation des plus précaires à laquelle la majorité des Malgaches s’exposent », souligne Andriamalala Mamisoa Freddy, Docteur PhD en sciences politiques.
Bref, tous s’insurgent en proposant des solutions de gouvernance aux premiers concernés. À l’image d’Imbeh Serge Jovial, économiste de la diaspora en Suisse, qui évoque le manque de vision à long terme des politiques. Une situation qui n’arrange en rien la fameuse recherche de stabilité martelée par les autorités.

Harilalaina Rakotobe