La menace d’embargo de la part de la Cites sur les espèces sauvages en voie d’extinction a été évité de justesse. Les efforts restent à maintenir.

Madagascar peut souffler. Après les trois mois de sursis, la Conférence des parties à la Convention sur le commerce international d’espèces de faune et de flore menacées d’extinction (Cites) lui donne encore le temps de faire ses preuves dans la lutte contre les trafics de bois précieux et dans la gestion de ces ressources. La menace d’une suspension du commerce de toutes les espèces sauvages inscrites dans les annexes de la Cites, brandie l’année dernière par le Secrétariat permanent, ne sera finalement pas appliquée. Les autorités malgaches semblent avoir réussi, en trois mois, à montrer une certaine volonté qui aura convaincu.
Alors que le Secrétariat permanent de la Cites avait proposé au Comité permanent de recommander un embargo sur toutes les espèces protégées du pays, la décision n’a finalement pas été retenue. Madagascar doit « juste » remplir certaines obligations pour avoir l’autorisation de vendre les bois précieux saisis. Il doit notamment soumettre à la 18ème conférence des parties des rapports significatifs sur le renforcement de contrôle et sur les mesures prises contre l’exploitation et l’exportation illégales de bois de rose, de bois d’ébène et de palissandre, ainsi qu’un rapport de l’inventaire d’au moins un tiers des bois saisis et déclarés.
Les gesticulations menées en toute fin d’année, notamment une implication plus importante dans le cadre du procès relatif à la saisie de bois de rose à Singapour, ont sans doute contribué à cette décision.

Vente partielle
Mais l’on peut également citer les toutes premières condamnations prononcées contre des trafiquants de tortues. Pour de nombreux activistes en protection de l’environnement, édicter des sanctions constitue le signal le plus fort d’un engagement concret en faveur de la lutte contre les différents trafics. Ce à quoi les autorités malgaches semblent finalement s’être pliées après plusieurs années de tergiversation.
Pour Madagascar, avoir échappé à l’embargo de toutes les espèces sauvages constitue une « réussite » d’autant que le secteur du commerce de ces espèces fait vivre de nombreux ménages. Mais plus que l’annulation de la sanction, c’est l’inscription dans les décisions d’une possible vente des stocks de bois saisis sous certaines conditions qui a le plus satisfait les autorités, comme n’a cessé de le rappeler la ministre chargée de l’Environ­nement, Johanita Ndahimananjara à son retour de Johannesburg en septembre 2016.
Dans la décision entrée en vigueur depuis le 2 janvier, il est mentionné que l’inventaire puis l’audit d’au moins le tiers des stocks de bois saisis et déclarés, ainsi que les mesures significatives de contrôle et de lutte contre l’exploitation et l’exportation illégales soumis à la 18ème conférence des parties constituent les conditions d’une vente partielle des stocks.

Vérification de cargaisons

Contrôle systématique. Dans ses nouvelles réglementations, la Cites indique que désormais, « les agents des douanes aux frontières à travers le monde vérifient les permis Cites de toutes les cargaisons internationales » de bois de rose et de palissandre. Même les espèces provenant des pays où ces bois ne sont pas déclarés en danger doivent faire l’objet de contrôle, aussi bien avant leur entrée sur le commerce international. La 17ème Conférence des parties qui s’est tenue en 2016 à Johannesburg avait inscrit dans ses annexes plus de 300 espèces de bois de rose et de palissandre issus du monde entier. Pendant plusieurs années, les bois de Madagascar avaient transité dans des pays où l’exploitation et l’exportation de bois précieux n’étaient pas interdites. Les marchandises avaient été blanchies dans ces pays avant d’entrer sur le marché.

Lova Rabary-Rakotondravony