Selon le Bianco, la source de l’enregistrement qui a fuité sur les réseaux sociaux n’est pas de chez eux. Cette pièce a fait partie du dossier sur l’affaire Ambohimahamasina, remis à la Chaîne pénale.

Décrédi­bilisant. C’est ainsi que le Bu­reau indépendant anti-corruption (BIANCO) estime la fuite de l’enregistrement sonore, qui circule sur les réseaux sociaux depuis la fin de la semaine dernière. Aussi, a-t-il été dit lors d’une conférence de presse hier, que « personne au sein du Bureau n’a intérêt à faire un tel acte ».
Le Bureau d’Ambohibao a convié la presse hier à son siège, pour la présentation de son rapport annuel. D’entrée, Jean-Louis Andria­mifidy, directeur général du Bianco, a crevé l’abcès en donnant la version de cette entité concernant l’élément sonore qui a fuité sur les réseaux sociaux. « Cette fuite ne provient pas de chez nous », a affirmé le magistrat, rapportant les conclusions d’une enquête interne faite par l’organe anti-corruption.
« Pareil acte nuit à la lutte contre la corruption et à notre  travail », a-t-il ajouté. Durant les échanges lors de la conférence de presse d’hier, Jean-Louis Andriamifidy a déploré le fait que la lutte contre la corruption a tendance a être utilisée comme outil politique par certains. Soulignant que « la lutte contre la corruption est purement technique », il a rappelé qu’il s’agit aussi « d’un programme du Gouver­nement ». Dans ce sens, le directeur général du Bianco soutient que « sa politisation est néfaste pour la lutte contre la corruption et la lutte contre l’impunité ».
Durant les discussions en marge de la conférence de presse d’hier, il a été dit que, quel que soit l’objectif, la publication de la bande sonore « porte aussi atteinte à la crédibilité du Bureau ». Bien que restant ferme sur les résultats de l’enquête interne, le magistrat Andria­mifidy ne ferme pas pour autant la porte à d’autres éventualités. L’enjeu étant la crédibilité de l’entité anti-corruption, son directeur général en appelle à tous ceux qui auraient la preuve que la source de la fuite soit du Bianco à le dénoncer. « Une telle personne n’a pas sa place au sein du Bureau », a-t-il ajouté.

Copie
Le général Benja Raobi­saona, directeur territorial du Bianco a renchéri, en soutenant que « des sanctions légales sont prévues pour ce genre d’acte ». La loi sur la lutte contre la corruption, en vigueur depuis l’année dernière, prévoit en son article 46 une dizaine de prérogatives spécifiques aux agents du Bianco dans le cadre des investigations et recherches, suite à « une autorisation » de son directeur général.
« Un mandat écrit du directeur général est nécessaire », notamment, « user des techniques d’investigations spéciales nécessaires à la manifestation de la vérité telles que (…) toutes techniques permises par le recours aux nouvelles technologies de l’information et de la communication », prévoit la disposition. « L’enregis­trement d’une conversation téléphonique figure dans ce volet », a expliqué un responsable au sein du Bianco, durant un échange en marge de la conférence de presse d’hier.
Il a, toutefois, ajouté que « tous sont tenus par la règle de la confidentialité ». La loi précitée souligne, en effet, que « (…) sous peine d’emprisonnement de cinq à dix ans et d’une amende d’un à vingt millions d’ariary », tout le personnel du Bianco est « tenu de préserver la confidentialité et le secret relatif au fonctionnement interne et aux enquêtes préliminaires menées par le Bureau ». La bande audio circulant sur les réseaux sociaux concerne une conversation d’un enquêteur de l’organe d’Ambohibao avec Claudine Razaimamonjy, femme d’affaires, où elle refuse une convocation pour audition.
Les explications d’hier indiquent que le Bianco n’est pas la seule entité en possession de l’élément sonore. La Chaîne pénale anti-corruption (CPAC) en aurait une copie. Dans le cadre de l’affaire Ambohimahamasina, « l’enregistrement sonore et une version retranscrite ont figuré parmi les dossiers remis à la CPAC, pour prouver que la dame a refusé les convocations du Bianco », a déclaré Jean-Louis Andriamifidy.

Garry Fabrice Ranaivoson