En réaction aux récents évènements d’Anjozorobe, le général Paza annonce des « mesures strictes », pour éviter les bavures. L’affaire tend à créer un malaise au sein des bérets noirs.

Réaction. La guerre des droits sur une carrière sise à Anjozorobe a ébranlé jusqu’au sommet de l’État, l’année passée. Réveillé par un évènement qui a causé la mort d’un élément de la gendarmerie nationale, tombé sous les feux de ses frères d’armes.
Lors d’une conversation téléphonique, le général Didier Gérard Paza, secrétaire d’État à la gendarmerie nationale, a réagi à l’affaire en annonçant des « mesures strictes », pour éviter que pareils cas ne se reproduisent, tout en évitant d’enflammer la polémique. « Il s’agit d’éviter les abus des éléments, de ceux détachés de leur camp d’attachement, par exemple, mais aussi ceux des hauts gradés ou des hauts responsables dans la mobilisation de nos éléments. C’est une manière de mettre fin aux interventions isolées ou occultes », a-t-il expliqué.
« Désormais, tout déplacement ou action des éléments de la gendarmerie doit découler d’un ordre émanant des chaînes de commandement », a soutenu le membre du gouvernement. Tout déplacement, même pour les éléments affectés à des fonctions telles que garde du corps, nécessitera dorénavant un ordre de mission établi par la direction générale du quartier général de la gendarmerie nationale (DGQG-GN). À la fin de leur dépla­cement, ces éléments détachés doivent également faire acte de présence, et informer de leur retour au QG.
Seulement, le mal est fait. Et vu la confusion des versions des faits, de prime abord, la défense d’intérêts particuliers a conduit des gendarmes issus d’un même camp à « s’entretuer ».

Malaise
L’homme tombé samedi dans la carrière d’Anjozorobe était issu du camp d’Anka­dilalana, tout comme ceux dépêchés sur place « pour encadrer l’exécution d’un acte de justice par un huissier ».
Détaché comme garde du corps du général Richard Ravalomanana, ancien commandant de la gendarmerie nationale, le défunt lui aurait demandé l’autorisation d’aller à Anjozorobe samedi, au motif d’un « cas social ». D’après l’officier général, devant la presse hier à Ankadilalana, où se tient la veillée funèbre de son garde du corps, « il a dit vouloir voler au secours de son frère victime de sévices par les éléments ayant accompagné un huissier sur place ».
Se référant à une version qui lui a été rapportée, le général Ravalomanana soutient que le défunt a été « abattu, car suite à l’injonction de ses vis-à-vis, il aurait déposé le fusil de chasse qu’il avait à la main, mais ceux-ci auraient tout de même fait feu ». Les officiers supérieurs du groupement de la région Analamanga et de l’Imerina central, lors d’une conférence de presse à Ankadilalana dimanche, ont cependant soutenu que la victime a été touchée durant « un échange de feu que son camp a déclenché », taisant le fait que le défunt était, comme ceux d’en face, issu des rangs d’Ankadilalana.
L’ancien commandant de la gendarmerie nationale a déploré, hier, que la conférence de presse de samedi « ait donné des conclusions à l’enquête dont les intervenants ne sont pas en charge ». À lui d’ajouter que certains faits indiquent qu’« il y a des personnes ayant un grand intérêt dans cette affaire ». Ce n’est pas la première fois que des militaires sont impliqués dans des litiges relatifs à des exploitations minières.
Le fait que des bérets noirs se soient entretués fait toutefois que l’épisode d’Anjo­zorobe risque, au mieux, de créer un malaise profond dans leurs rangs. Ayant déjà fortement secoué la présidence de la République, au point d’avoir été de fait classé sans suite jusqu’à samedi, le conflit sur la carrière d’Anjozorobe risque, cette fois-ci, d’entamer la cohésion d’un corps militaire. Reste à voir si les « mesures strictes » prises suffiront à apaiser les humeurs.

Garry Fabrice Ranaivoson et Seth Andriamarohasina