Vincent Bercker
« L'art funéraire en train de disparaître »
Selon Vincent Bercker, l’art primitif malgache est apprécié en Europe (Photo Maminirina Rado)
Expert d’art, commissaire d'exposition, Vincent Bercker tire la sonnette d’alarme. Les arts primitifs malgaches font l’objet d’une convoitise à l’échelle internationale.
Un phénomène qui date de quelques années met à mal l'art malgache en Europe depuis quelques temps, quelle est la situation actuelle ?
Depuis une dizaine d'années, plusieurs œuvres d'art, dans la catégorie des arts primitifs attirent au niveau du marché des arts européens. Elles viennent pour la plupart d'Afrique, de l'Océanie et des Inuits. En ce qui concerne Madagascar, ce marché commence à s'intéresser aux œuvres depuis cinq ans déjà. Il s'agit des aloalo, des hazomanga, des statuts érotiques, des figures animales comme les ibis.
Bref, une « marchandise » dominée par l'art funéraire. Mais une autre sorte de patrimoine attire de plus en plus la clientèle européenne, les œufs d'aepyornis qui sont de plus en plus prisés par les collectionneurs. Les groupes humains les plus touchés sont les Mahafaly et les Sakalava.
Où est alors le mal ?
En fait, ce sont des choses qui ne devraient pas sortir du territoire malgache. Cela est strictement interdit si l'objet mis en vente dépasse les cent ans d'âge. Pourtant, ce dernier critère est valable pour la plupart des objets qui se trouvent sur le marché européen. L'art funéraire malgache est en train de disparaître à grands pas. En principe, si l'objet possède plus de cent ans d'âge, il devient de l'art ancien protégé. Sa sortie du territoire doit être accompagnée d'un certificat officiel de sortie du territoire délivré par les responsables locaux. Mais le flou local des textes, des attributions facilitent la sortie de certaines œuvres. Sur le territoire européen, le douanier ne fera pas la différence.
Quels sont les pays européens les plus friands d'art primitif malgache ?
La France, la Belgique et l'Angleterre. Par exemple, à la foire internationale Parcours du monde à Paris sur le boulevard Saint Germain des Prés qui se déroule tout les mois de septembre. Il suffit de s'y promener pour constater qu'il y a de plus en plus d'art primitif malgache. C'est ouvert au grand public. Et l'art primitif malgache est facilement reconnaissable parce qu'il est classé comme un art endémique, qu'on ne trouve qu'ici. Un autre exemple, dans des galeries d'art primitif à travers l'Europe, des établissements légaux, il faut le dire, il est facile d'en trouver. Peut-être que les propriétaires de ces galeries ne savent pas que c'est illégal ou ils le savent. Cela étant parce qu'il n'y a pas de directive du gouvernement malgache.
Recueillis par
Maminirina Rado
Lundi 20 fevrier 2012