Affaire Toliara
Accord minima entre magistrats et policiers
La hache de guerre est-elle définitivement enterrée entre les magistrats et la police (Photo Mamy Mael)
L’Exécutif a « réussi » à obtenir l’engagement des magistrats et des policiers à collaborer et à respecter la loi. Mais une solution définitive au différend qui les oppose n’est pas pour autant trouvée.
La glace s’est à peine brisée. Les magistrats et les policiers n’ont pas trouvé un accord sur l’un des sujets qui fâchent les deux parties, à savoir le sort d’Arsène Rakotondrazaka, ministre de la Sécurité intérieure. Le pacte de non-agression conclu entre les deux parties dépend, en grande partie, de l’Exécutif.
Les magistrats « s’en remettent à la responsabilité des autorités sur la demande du départ du ministre de la Sécurité intérieure », selon le communiqué conjoint entre eux et les policiers, à la suite de leur rencontre, hier, à Ivato. Arsène Rakotondrazaka, l’intéressé, soutenu par ses pairs, n’a rien lâché, non plus, pour ne pas céder à la revendication du Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM).
Pendant huit heures, magistrats et policiers se sont expliqués sur les divergences entre eux, en présence d’Andry Rajoelina, président de la Transition, et d’Omer Beriziky, Premier ministre. Selon certaines indiscrétions, le ton est monté d’un cran durant la matinée, débouchant parfois à des échanges houleux entre les deux parties qui ont vidé leurs sacs.
Au final, toutes deux se contentent d’une déclaration conjointe sur certains points entourant l’« affaire de Toliara », un mouvement de policiers ayant débouché sur la mort d’un magistrat, le 9 décembre 2011. Elles promettent de collaborer et de « respecter la loi ». Le SMM confirme l’existence d’« imperfection » à leur niveau et dans le monde judiciaire. De leur côté, les policiers avouent des infractions commises par certains de leurs collègues dans l’« affaire de Toliara » et « acceptent l’accélération de l’arrestation, de l’enquête et de l’instruction à la justice du dossier et des auteurs de l’acte ».
Une étape de franchie
À la fin, les « avancées » à l’issue de la rencontre restent maigres. La résolution du nœud du problème revient, une fois de plus, à l’Exécutif comme c’était déjà le cas, il y a deux mois. Dans le communiqué conjoint, il se contente de « donner des instructions (...) pour accélérer l’arrestation de ceux qui ont participé à la mort du substitut du Procureur de la République à Toliara ». Il montre sa « volonté d’examiner toutes les requêtes, aussi bien au niveau de la justice qu’à celui de la police », après avoir promis une « déclaration pour le respect des verdicts des procès ».
Andry Rajoelina défend les résolutions issues de la rencontre et réfute toute tergiversation dans la recherche de solution à la situation, deux mois après les faits.
« Ce n’est pas maintenant que nous avons pris nos responsabilités. Mais le moment est venu pour le rapprochement des deux parties (...). On va faire en sorte qu’il n’y ait pas de pression d’où qu’elle vienne », soutient le président de la Transition, voyant derrière la rencontre une « étape de franchie ».
Ni les magistrats, ni les policiers, n’ont fait de déclaration, comme ils l’ont prévu dans le communiqué. En attendant les décisions des autorités, le SMM tiendra une assemblée générale, ce jour, pour évaluer la situation. Sauf changement, il maintient la grève générale mais, cette fois-ci, assortie d’un service minimum comme il avait indiqué à l’issue des assises des magistrats, la semaine dernière. Certaines indiscrétions avancent qu’il maintiendrait la plainte contre Arsène Rakotondrazaka.
Iloniaina Alain
Vendredi 17 fevrier 2012