Saholy Rakotonanahary
« Le théâtre radiophonique joue un rôle stratégique dans une station »
Présidente de « Vondron'ny Mpanoratra Tantara » Auteure et interprète de théâtres radiophoniques.
Vous êtes la présidente du Vondron'ny Mpanoratra Tantara, pouvez-vous nous parler de l'association ?
La VMT est une association qui regroupe les auteurs, essentiellement les auteurs de théâtres radiophoniques, mais nous avons aussi des scénaristes, des auteurs de contes, des nouvellistes,... Elle a été créée début 2011 sous l'impulsion d'un groupe d'auteurs, de réalisateurs et d'interprètes de théâtres radiophoniques. Nous nous sommes rendus compte qu'on n'accorde pas la valeur qu'elle mérite à nos œuvres. Donc, il fallait se regrouper pour qu'on puisse militer pour la valorisation de nos œuvres.
Pourquoi vous dîtes qu'on ne valorise pas assez vos œuvres ?
Le théâtre radiophonique joue un rôle stratégique dans une station. Il existe des stations qui gagnent de l'audience uniquement grâce à ces théâtres radiophoniques. La tranche d'heures dans laquelle on les programme est très vendable. Néanmoins, les stations brandissent toujours le contexte de la crise pour ne pas payer plus. Le prix d'une série hebdomadaire oscille entre 30 à 40 000 ariary. Et pourtant, ils ne sont pas nombreux à l'acheter. Il existe environ cinq stations à Antananarivo qui diffuse des théâtres radiophoniques.
A part les stations, n'y a-t-il pas d'autres marchés à explorer ?
Si. Parfois, des ONG sollicitent nos services pour leur campagne de sensibilisation. Mais les commandes ne sont pas régulières. Des projets d'édition ont déjà germé. D'ailleurs, Claude R. Aldo qui a déjà sorti un livre regroupant ses écrits mais le problème de l'édition nous fait aussi reculer. Il reste une option, le support CD mais la piraterie reste une menace réelle. Il nous reste l'adaptation qui est aussi un créneau intéressant. « Ditra manadala » adapté à la télé est une série hebdomadaire de Hortense Randrianasolo diffusée sur la Radio Don Bosco.
Quels sont les problèmes auxquels vous faites face aujourd'hui ?
La plupart d'entre-nous, membres de l'association, a renoncé à produire car nous ne voulons pas brader nos produits. Notre retrait sur le marché a fait émerger une nouvelle génération d'auteurs, qui n'ont pas encore les expériences nécessaires. Le résultat, la qualité a pris un sérieux coup.
Y a t-il des tabous dans les théâtres radiophoniques ?
Dans l'écriture, il n'y a pas vraiment d'interdits mais c'est au niveau des stations que la « censure » intervient. Mais si on veut être diffusé, on se plie à ces exigences. Donc, en quelque sorte, on s'auto-censure. En général, les gros mots, l'argot, les scènes érotiques, l'homosexualité, l'avortement, tout ce qui pourrait bousculer les valeurs traditionnelles, mais toutes critiques à l'encontre des us et coutumes sont des tabous dans nos théâtres radiophoniques.
Les aspirations de l'association ?
Nous avons besoin de nous former pour que l'on acquiert une base commune. Il faut aussi connaître les attentes des auditeurs. Après ces étapes, nous allons pouvoir passer aux revendications diverses, notamment la reconsidération de la valeur de nos œuvres.
Recueillis par
Domoina Ratsara
Vendredi 10 fevrier 2012